Fin septembre 2018, au CHU de Lille, un homme de 88 ans aurait subi une opération chirurgicale sous hypnose à cœur ouvert qui visait au remplacement de sa valve aortique, le tout sans la moindre anesthésie. L’homme aurait été hypnotisé par une infirmière qualifiée, ce qui l’aurait plongé dans un tel état de relaxation que l’anesthésie serait devenue superflue. Après l’opération, le vieil homme a confié se sentir très bien, en dépit de la lourdeur supposée de l’opération.
Cette information a fait le tour des médias traditionnels et numériques. Elle a été reprise, entre autres, sur les sites internet de 20 Minutes, du Figaro, de Ouest France, du Huffington Post et du Parisien, mais aussi à la télévision (BFM TV, LCI, France 3 régions) et à la radio (Europe 1 et même Radio France). Et pourtant, elle s’avère en grande partie inexacte. La nature de l’opération était méconnue et les propos du chirurgien l’ayant effectué ont été grandement déformés et sur-interprétés.

Une opération du cœur sous hypnose mais pas à cœur ouvert

C’est la première cause du grand quiproquo qui a conduit tous ces organes médiatiques dans l’erreur. L’opération chirurgicale sous hypnose qu’a subie Gérard Courtois au CHU de Lille concernait certes la région du cœur, mais ne nécessitait pas d’opération à cœur ouvert, c’est-à-dire d’ouverture du thorax. Il s’agissait d’une opération d’implantation percutanée d’une prothèse valvulaire aortique, communément abréviée TAVI (plus d’information sur la page Wikipédia consacrée à cette opération). On doit alors placer une nouvelle valve (partiellement biologique et partiellement mécanique) à la place de la valve qui fonctionne mal.

Elle vise à réduire les risques d’arrêts cardiaques de type AVC ou d’infarctus pour les personnes généralement âgées. Or, dans un TAVI, il est rare que le chirurgien soit contraint de procéder à une ouverture du thorax : il suffit d’ouvrir une petite incision au niveau de l’aine pour rejoindre l’artère fémorale. Ce sont seulement dans certains cas d’urgence que le chirurgien est contraint d’ouvrir le thorax lorsqu’il pratique un TAVI, si l’aorte est bouché par exemple. Mais ce n’était pas le cas de Monsieur Courtois. Et même si une ouverture du thorax est nécessaire, l’incision à tailler reste très petite. Le TAVI est d’ailleurs une opération qui n’est pas aussi lourde qu’on a pu l’entendre ça et là, puisqu’elle se réalise en une heure en moyenne. Mais il reste une opération chirurgicale sérieuse et potentiellement à risque, et l’hypnose ne suffit pas à placer un patient dans un état assez léthargique pour pouvoir l’opérer tranquillement sur cette seule base.

Il y avait quand même une anesthésie locale

On a également pu lire que le TAVI réalisé sur Monsieur Courtois avait été fait sans le moindre recours à l’anesthésie, ni locale ni générale. Placé dans un profond état hypnotique, il n’était pas censé ressentir la moindre douleur opératoire. La réalité est un peu plus compliquée, un peu plus nuancée. Si le TAVI doit être pratiqué par le thorax (et donc à cœur ouvert), on procède généralement à une anesthésie générale du patient. Mais s’il n’y a aucune complication et que le chirurgien peut passer par l’aine, ce qui était le cas pour Monsieur Courtois, une anesthésie locale suffit amplement. Et le phénomène d’hypnose ne semble pas encore assez maîtrisé, assez fiable pour remplacer une anesthésie, même locale. Gérard Courtois a certes été hypnotisé, mais il a tout de même été anesthésié localement pour pouvoir mener l’opération à bien en étant sûr que le patient ne ressentirait aucune douleur.
Si Monsieur Courtois a été placé en état d’hypnose, c’est en fait pour remplacer le cocktail de médicaments habituellement donné aux patients avant ce type d’opérations (et qui contiennent généralement des antalgiques, des anxiolytiques et des relaxants, comme de la morphine par exemple). Ce sont ces médicaments qui ont été remplacés par l’hypnose. En effet, chez certaines personnes, certains des produits qui les composent peuvent avoir des effets indésirables ou provoquer des troubles. L’infirmière est donc parvenue à relaxer Monsieur Courtois en lui parlant de choses douces et personnelles qui lui ont permis de s’évader, notamment de voyages et de pays qu’il avait pu visiter par le passé. Cette méthode de relaxation est donc possiblement une bonne alternative à des médicaments qui peuvent s’avérer trop lourds pour certains patients. Mais en aucun cas elle ne remplace une anesthésie, locale ou générale, ni ne permet la réalisation d’une opération aussi lourde qu’une opération à cœur ouvert de manière sereine.

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